Qu'est-ce que l'assurance d'un prêt professionnel ?
L'assurance d'un prêt professionnel rembourse la banque en cas de décès ou de perte totale d'autonomie du dirigeant assuré et, selon les garanties, prend en charge les échéances pendant un arrêt de travail. Aucune loi ne l'impose, mais la banque l'exige presque toujours, hors du régime protecteur du crédit immobilier des particuliers.
Murs commerciaux, fonds de commerce, matériel, rachat de parts d'un cabinet : dès qu'un prêt finance une activité, la banque demande à assurer le ou les dirigeants dont dépend le remboursement. Les règles que l'on lit partout sur l'assurance emprunteur ont pourtant été écrites pour le crédit immobilier des particuliers, et la plupart ne s'appliquent pas ici. Ce guide reprend, texte par texte, ce qui vaut vraiment pour un prêt professionnel, les cas limites du prêt mixte et de la SCI, la santé, la fiscalité et la protection de l'entreprise elle-même.
Quel cadre juridique pour l'assurance d'un prêt professionnel ?
Celui du contrat, pas celui du crédit immobilier des particuliers. L'article L313-2 du Code de la consommation exclut de ce régime les prêts destinés, sous quelque forme que ce soit, à financer une activité professionnelle.
Les protections que l'on associe aux lois Lagarde, Hamon, Bourquin et Lemoine ne jouent donc pas : droit d'imposer un contrat aux garanties équivalentes (article L313-30), refus motivé (L313-30) et réponse sous dix jours ouvrés après l'émission de l'offre (L313-31), résiliation à tout moment (L113-12-2 du Code des assurances) et absence de questionnaire de santé (L113-2-1). Ce qui s'applique, ce sont les clauses du contrat de prêt, celles du contrat d'assurance, et les règles générales du Code des assurances sur la déclaration du risque. L'intermédiaire, enfin, doit préciser par écrit vos exigences et vos besoins et motiver son conseil (article L521-4). Le détail des garanties et du devis figure sur notre page assurance emprunteur professionnelle.
Sources : legifrance.gouv.fr, legifrance.gouv.fr, legifrance.gouv.fr, legifrance.gouv.fr
Prêt mixte et SCI : quand les règles des particuliers s’appliquent-elles ?
Dans deux cas : l'achat en nom propre d'un immeuble à usage à la fois professionnel et d'habitation, et le crédit d'une société civile qui ne finance pas une activité professionnelle. Dès que le prêt finance l'activité, il en sort.
L'article L313-1 du Code de la consommation vise les crédits destinés à acquérir des immeubles « à usage d'habitation ou à usage professionnel et d'habitation » : un professionnel de santé qui achète un bâtiment abritant son cabinet et son logement peut en bénéficier, sauf si le contrat de prêt le destine expressément à son activité. Le même article inclut les crédits des personnes morales de droit privé lorsqu'ils ne financent pas une activité professionnelle, ce qui peut viser une SCI familiale qui loge ses associés, si ses statuts ne prévoient pas la location. En revanche, l'article L313-2 exclut nommément l'activité de ceux qui, « à titre habituel », procurent des immeubles en jouissance : une SCI dont l'objet est de louer les murs à votre société d'exploitation en relève en principe.
Sources : legifrance.gouv.fr, legifrance.gouv.fr
Ce que la loi Lemoine ne fait pas pour un prêt pro
Elle ne permet ni de résilier l'assurance à tout moment, ni d'emprunter sans questionnaire de santé jusqu'à 200 000 €, ni d'obliger la banque à accepter un contrat aux garanties équivalentes. Ces trois droits renvoient au crédit défini à l'article L313-1 du Code de la consommation, dont un prêt finançant une activité professionnelle est exclu. Pour un crédit de particulier, voyez notre guide de la loi Lemoine.
Ce que l'objet du prêt change à l'assurance
- Murs commerciaux : prêts longs, souvent portés par une SCI ; la quotité se raisonne sur les revenus qui paient les loyers, donc sur la société d'exploitation et son dirigeant.
- Fonds de commerce ou rachat de parts : le remboursement dépend presque entièrement de la personne qui exploite ; l'incapacité de travail pèse autant que le décès. La convention AERAS, réservée aux prêts de locaux et de matériel, ne s'applique pas.
- Matériel : prêts plus courts et capitaux plus faibles ; l'écart de coût entre contrats est moindre, les définitions de garanties restent décisives.
Quelles garanties pour un dirigeant ou un indépendant ?
Décès et perte totale et irréversible d'autonomie (PTIA) forment le socle demandé par les banques. Pour qui vit de sa capacité à travailler, l'incapacité de travail et l'invalidité comptent autant : c'est là que les contrats diffèrent le plus.
- Décès et PTIA : remboursement du capital restant dû à la banque, selon la quotité assurée.
- Incapacité temporaire de travail (ITT) : prise en charge des échéances pendant un arrêt, après une franchise. Vérifiez si elle s'apprécie par rapport à votre profession ou à toute activité.
- Invalidité permanente totale ou partielle (IPT, IPP) : prise en charge selon un taux d'invalidité fixé par le contrat.
- Forfaitaire ou indemnitaire : l'échéance est prise en charge quel que soit votre revenu, ou à hauteur de la seule perte réelle.
Lisez aussi les exclusions, notamment des affections du dos et des troubles psychiques, que certains contrats ne couvrent qu'après une hospitalisation. La garantie perte d'emploi vise en pratique les salariés indemnisés par l'assurance chômage : un indépendant ou un mandataire social sans contrat de travail n'y est en général pas éligible.
Sources : aeras-infos.fr
De la demande de prêt à l'offre : les étapes
Au premier rendez-vous bancaire
Demandez par écrit les garanties exigées, tête par tête, et le régime sous lequel l’offre sera émise.
Définir le besoin
Garanties, définition de l'incapacité, franchise, quotité : votre courtier les formalise par écrit.
Comparer
Le contrat de la banque et des contrats externes, à garanties identiques, sur le coût total pour la durée du prêt.
Déclarer sa santé
Questionnaire rempli par vous, complet et exact ; réexamen AERAS automatique après un refus, pour un prêt de locaux ou de matériel.
Faire inscrire le contrat dans l'offre
Avec, si possible, une clause qui autorise un changement d'assureur à garanties équivalentes.
Que se passe-t-il avec un antécédent de santé ?
Pour un prêt de locaux ou de matériel, la convention AERAS fait réexaminer automatiquement un refus, si l'assurance finit avant 71 ans et que la part assurée n'excède pas 420 000 €. Mentir au questionnaire expose, lui, à la nullité du contrat.
AERAS prévoit trois niveaux d'examen, du tarif standard au pool des risques très aggravés, sans démarche de votre part après un refus ; lorsque l'offre est faite au deuxième ou au troisième niveau, un écrêtement sous conditions de ressources limite la prime à 1,4 point du taux effectif global. En cas de refus, le prêteur examine avec vous des garanties alternatives, comme une caution ou une hypothèque. Côté déclaration, l'article L113-8 du Code des assurances annule le contrat en cas de fausse déclaration intentionnelle qui change l'opinion de l'assureur sur le risque, même si l'élément caché n'a rien à voir avec le sinistre ; une erreur de bonne foi réduit l'indemnité en proportion (L113-9). Notre fiche AERAS pour les prêts professionnels détaille les seuils.
Sources : aeras-infos.fr, legifrance.gouv.fr, legifrance.gouv.fr
Fiscalité : les primes sont-elles déductibles, le capital imposable ?
Les primes sont une charge financière déductible quand le contrat de prêt impose l'assurance. Si l'assureur rembourse la banque après un décès, l'extinction de la dette est un profit imposable, que la loi permet, sous conditions, d'étaler.
Le BOFiP (BOI-BIC-CHG-40-20-20) distingue deux situations. Imposée par une stipulation expresse du contrat de prêt, l'assurance sur la tête du dirigeant est une charge financière, déductible à chaque échéance, même si le dirigeant signe lui-même la police ; l'entrepreneur individuel qui rembourse à la banque les primes qu'elle a payées les déduit aussi. Souscrite volontairement, la garantie décès n'est pas déductible au fil des années : les primes ne sont retranchées qu'au décès ou à l'expiration du contrat. L'article 38 quater du CGI permet, sous conditions, de répartir sur cinq ans le profit né de l'indemnisation versée au décès d'un dirigeant assuré par l'entreprise, en étalant alors aussi la déduction des primes non encore déduites. Faites valider son application, et le traitement en BNC pour un libéral, par votre expert-comptable.
Sources : bofip.impots.gouv.fr, legifrance.gouv.fr
Assurance emprunteur ou garantie homme-clé : quelle différence ?
L'assurance emprunteur rembourse la banque et éteint la dette. La garantie homme-clé verse un capital à l'entreprise pour compenser la perte d'activité liée à la disparition d'une personne clé. L'une ne remplace pas l'autre.
Le prêt soldé, l'entreprise peut encore manquer de trésorerie pendant le temps nécessaire pour remplacer le dirigeant, retrouver des clients ou réorganiser l'équipe : c'est l'objet de la garantie homme-clé. Fiscalement, le BOFiP traite ses primes comme des charges d'exploitation déductibles lorsque le contrat remplit les conditions posées par la doctrine, et l'indemnité versée à l'entreprise entre dans son résultat imposable. Le capital à assurer se raisonne en charges fixes et en marge à couvrir pendant la période de transition, pas en montant du prêt. Pour une entreprise qui repose sur une seule personne, les deux contrats se mettent en place ensemble, au moment du financement.
Sources : bofip.impots.gouv.fr
Quatre erreurs fréquentes
Signer le contrat de la banque faute de temps
Sur un prêt professionnel, la délégation se négocie avant l'offre : après la signature, rien n'oblige la banque à accepter un changement.
Comparer des taux plutôt que des coûts totaux
Un même taux appliqué au capital initial ou au capital restant dû peut presque doubler le coût, comme le montre notre comparatif contrat groupe ou délégation.
Croire que la loi Lemoine s'applique
Elle ne vise que le crédit immobilier des particuliers, pas un prêt qui finance une activité professionnelle.
Assurer le prêt et pas l'entreprise
Le prêt soldé, la trésorerie peut manquer pendant la transition : c’est le rôle de la garantie homme-clé.
Par où commencer selon votre situation ?
Quatre situations courantes et la première question à poser.
Votre situation
Entrepreneur individuel ou profession libérale
Vérifiez la définition de l'incapacité et la franchise : sans relais de revenus, c'est la garantie qui compte le plus.
Voir la couvertureVotre situation
Dirigeant de société avec associés
Fixez la quotité de chacun selon son poids dans l'activité, puis étudiez une garantie homme-clé.
Voir la définitionVotre situation
SCI qui achète des murs
Demandez sous quel régime l'offre est émise, puis assurez les associés dont les revenus remboursent le prêt.
Voir la couvertureVotre situation
Antécédent de santé
Déclarez tout ; pour un prêt de locaux ou de matériel, un refus est réexaminé dans le cadre de la convention AERAS.
Voir la définitionFaites vérifier votre projet avant l’offre
Montant, durée, structure, garanties exigées : un courtier compare le contrat de la banque et des contrats externes et vous répond sous 24 h ouvrées.
Comment répartir la quotité entre associés ?
Selon le poids réel de chacun dans l'activité, et non selon la répartition du capital social. Les banques demandent en général au moins 100 % au total ; au-delà, chaque point de quotité supplémentaire augmente la cotisation.
Posez la question à l'envers : si l'un des associés décède ou s'arrête demain, l'entreprise peut-elle continuer à rembourser ? Si oui, une répartition à 50 % chacun peut suffire, en sachant qu'au premier sinistre la moitié du capital restera à rembourser. Si l'activité repose sur les deux, assurer chacun à 100 % solde tout le prêt au premier décès, pour une cotisation doublée. Dans une SCI, le raisonnement porte sur les revenus qui remboursent le prêt : les loyers payés par la société d'exploitation dépendent souvent d'un seul dirigeant. Ces choix ne sont fixés par aucun texte ; ils se négocient avec la banque. Voir notre définition de la quotité d'assurance emprunteur.
Sources : legifrance.gouv.fr